Site Polytropiques

Isabelle Mimouni poursuit son travail sur Polytropiques

vendredi 9 octobre 2015

ATELIER D’ÉCRITURE, Séance n°2


La séance s’est ouverte avec la présentation de l’essai de Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Walter Benjamin s’interroge sur la question de l’esthétique mais surtout sur le problème que pose la possibilité de reproduction à l’infini grâce aux nouveaux procédés mécanisés.


Interrogations préalables : De nombreuses questions sont apparues et organiser la séance de pose s’est avéré beaucoup plus difficile que prévu.

-  Faut-il désigner un maître de séance ? Voire plusieurs ? Quel rôle jouera Mme Mimouni ?
-  Faut-il organiser un temps silencieux d’observation du modèle qui permettrait une pure approche
physique non-biaisée par la parole ?
Il est apparu évident que ce moment serait plutôt gênant pour le modèle et qu’il vaudrait mieux, au contraire, instaurer un esprit de convivialité en préparant par exemple une petite collation.
- Faut-il le placer en hauteur (sur une estrade), au milieu d’un cercle que nous formerions ou bien faut-il l’intégrer complètement en l’installant parmi nous ?
Le placer en hauteur donnerait un cadre très formel et assez impersonnel, le mettre au milieu pourrait le mettre mal à l’aise, nous en avons donc conclu qu’il serait mieux mêlé au groupe.
- Faut-il le prévenir du déroulé de la séance ?
Il conviendrait mieux de trouver un équilibre entre le spontané et le préparé.
-  Faut-il lui demander de se présenter lui-même ?
Se présenter c’est d’une certaine façon se mettre déjà en scène et donner de soi-même une vision qui est nécessairement subjective et personnelle. On évitera donc de le lui demander cela, dès le début.
- Il a paru évident que les questions devaient aller crescendo, l’objectif étant de le mettre à l’aise et   qu’il se livre à nous avec le plus de sincérité possible.
-  Immédiatement nous nous sommes demandé quelles étaient les limites à ne pas franchir dans les
questions que nous lui poserions. Il ne faut surtout pas transformer la séance en une séance de psychanalyse.
- La prise de notes en présence du modèle créerait sans doute une barrière, une distance entre lui et nous. Nous avons donc décidé d’organiser un petit temps post-séance de pose afin de pouvoir mettre à l’écrit toutes nos impressions et idées.
- Nous avons eu un certain nombre d’idées concernant les questions que nous allions lui poser et les activités que nous allions lui proposer. Des questions très larges sur des thèmes vastes (qu’est-ce-que le sens de la vie ? de la guerre ?) pourraient être entrecoupées par des questions beaucoup plus saugrenues et inattendues. Des activités diverses pourraient ponctuer la séance (test, défis, réactions à des images, de la musique...).

Cette première partie du débat a donc permis de mettre en lumière les différentes questions relatives à l’organisation de la séance de « pose » du modèle. Il est apparu d’emblée l’importance de la spontanéité des échanges, ainsi que la nécessaire préparation d’un cadre très strict. Il a été choisi de procéder en une succession de petites activités étalées sur deux heures, afin de répartir la parole, de garder un certain rythme, de cerner les différents aspects de la personne du modèle. 

De là, les questions et activités proposées retenues – ou du moins qui n’ont pas été évincées – sont les suivantes.
Activités :
·      Test psychologique américain (Proposition et explication par Eugénie)
·      Bouts-rimés/Cadavres exquis (Avis mitigés, ces jeux littéraires permettent-ils de vraiment connaître le modèle ?)
·      Tenir des propos extrémistes et observer la réaction du modèle
·      Que le modèle vienne avec un objet (Déplacement de la question de la lecture d’un extrait littéraire qu’il aime/déteste)
·      Défis (Question du sport évincée au profit du château de cartes ou des Kapla, des mikados, etc., une activité qui demande de la concentration et permet de voir le modèle en interaction avec nous – former des petits groupes)
·      Débat animé (Cerner les opinions du modèle – prévoir des faits d’actualité sur lesquels débattre ou bien une question plus profonde)
·      Le Petit Prince, dessine-moi un mouton
·      Faire son portrait-robot en fonction d’une image qu’il aura choisie parmi une série imprimée et du pourquoi de ce choix (Exemple du chêne et du roseau)
·      Passer un support audiovisuel (Vidéo YouTube, sketch, extrait de film, etc.) et observer sa réaction (Idée qui se rapproche de la question de la musique, introduction de la notion de rire – essayer de le faire rire)
·      Le faire dessiner (Analyser sa fibre artistique)

Questions :
·      Avez-vous un régime alimentaire particulier ? (Question établie en vue de la préparation du goûter)
·      Banales concernant sa journée (Pendant le goûter ?)
·      Comment vous voyez-vous dans quinze ans ?
·      Lui demander de parler de quelque chose qu’il aime et pourquoi
·      Lui faire raconter une histoire dans laquelle quelque chose l’a marqué (Vécue)
·      Lui faire raconter une anecdote ou une histoire qu’il connaît (Intéressant du point de vue de la morale, de ce qu’il aura retenu du récit)
·      Première chose qui vient à l’esprit du modèle à l’expression d’un mot, d’une phrase (Pensée automatique – mot ou phrase à choisir)
·      La chose dont il est le plus fier (quil est fier d’avoir accomplie)
·      Question déstabilisante au milieu de questions sérieuses (Si vous étiez une voiture, quelle marque seriez-vous ? Si vous étiez un caillou, comment feriez-vous des crêpes ? Si vous étiez-un superhéros/aviez des supers pouvoirs ?)
·      Un pays qu’il a toujours rêvé de visiter
·      Quand est la dernière fois que vous vous êtes mis en colère et pourquoi ?
·      Quel est le plus bel endroit où il est allé ?
·      Sens du monde (Questions larges)
·      Qu’est-ce qui vous a inspiré dernièrement ?
·      Avait-il des idéaux quand il était jeune ? (Etes-vous ce que vous pensiez devenir enfant ?) Pense-t-il que nous avons des idéaux ?
·      Si vous étiez tiré d’une histoire, qui seriez-vous ? Si vous étiez un animal ?
·      Quel type de musique écoutez-vous ?
·      Le plus beau jour de votre vie/Un de vos plus beaux souvenirs
·      Votre pire crainte
·      Voyages (Ce qu’il a ressenti, ce qui l’aurait touché, illusions et désillusions)
·      A-t-il peur de la mort ?
·      Goûts (Voyages, culture, etc.)
·      Quel conseil se donnerait-il s’il avait notre âge ?
·      Quel métier faites-vous ?

En outre, il a également été établi que l’ordre des activités dans le déroulement de la séance était primordial et une décision a été prise concernant l’entrée en matière : il s’agira de préparer un petit goûter afin de mettre en confiance le modèle puis, de façon impromptue, de passer un morceau de musique (à déterminer), une manière d’introduire la conversation, de cerner les goûts et premières réactions du modèle.





lundi 28 septembre 2015

ATELIER ÉCRITURE au lycée Chaptal, Saison 2

Nous voici engagés dans un nouveau projet :

L’idée :

Le romancier italien Alessandro Baricco, dans son roman Mr Gwyn (2015) présente un héros romancier qui prend publiquement la décision de cesser d'écrire, malgré les protestations de son agent. Il lui vient l'idée de réaliser des portraits littéraires rémunérés, à la manière d'un artiste peintre. Ses modèles doivent rester nus sans parler dans son atelier durant un très long temps de pose, car c'est ainsi selon lui qu'il pourra le mieux capturer leur individualité.
Malgré une idée intéressante et novatrice, le roman présente un défaut de taille : les portraits réalisés (qui sont dits se présenter sous la forme d'histoires fictives mais révélatrices à propos du modèle) ne sont pas livrés au lecteur.

Le projet :
Les séances de l’atelier de création littéraire seront destinées à la réalisation d'une série de portraits autour d'un personnage qu’on fera « poser ».
Le principe de série (comme chez Andy Warhol) est lié à la modernité en art, pour des raisons tant esthétiques (négation du caractère absolu de la beauté) que techniques (L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin). Il peut permettre ici de proposer une création collective. Pour le cas particulier du portrait, la série révèle différents points de vue.

L'atelier conjuguera création et analyse littéraire :
- pour ce qui est de l'analyse de portraits en littérature , elle donnera des pistes, éventuellement des modèles à imiter, pasticher, parodier.
- pour la partie créative, elle comportera une part d’écriture collaborative et une part d’écriture personnelle. La séance de prise de notes face à un modèle sera suivie d’une mise en commun des notes. Chacun produira ensuite un portrait en fonction d’un point de vue et d’un style propres. Ceci permettra d'opérer une diffraction des points de vue et de produire une série. Un système de rendus intermédiaires sera mis en place afin de se confronter aux critiques constructives des participants.

Nous aurons à faire face aux nombreuses questions que pose le portrait :
Doit-il être complaisant, comme souvent dans l'histoire du portrait en peinture?
Question de la censure, de l’auto censure.
Problème à poser de l'anonymat.
Réaliser un portrait n'est-il pas toujours y mêler un autoportrait (comme on l'observe chez Modiano)? Peut-on ne pas s'écrire soi-même?
Question, naturellement aussi, du support : devra-il n'être que littéraire, ou pourra-il comprendre aussi des représentations graphiques, des pistes sonores ou des vidéos?

Question de l'activité du modèle : comment révéler au mieux sa personnalité?
En lui proposant de lire un livre qu'il aime et a choisi, en lui demandant de se présenter, en conversant avec lui ou en le questionnant sur des sujets divers...?
La séance du 7 octobre sera partiellement consacrée au cadrage de la séance de pose.


Petite approche de la série en littérature :
L’Infraordinaire de George Perec présente un ensemble de 243 cartes postales.
Dans les cartes on retrouve sans cesse les mêmes thèmes : le temps, les coups de soleil, la nourriture. Il présente une réflexion sur la communication par carte postale. C’est une réflexion sociologique (Perec est sociologue). Dans les cartes, la communication est réduite à minima, certaines phrases sont des phrases nominales.
Les cartes présentent un idiolecte, c'est-à-dire le langage qui est propre à chacun. On peut considérer qu’il s’agit de micro-portraits. On peut observer les différences entre les rapports qu’entretiennent les personnes ainsi que les différents niveaux de langue.
Ce recueil est satirique : il tourne en dérision ce type de communication. On peut faire le rapprochement avec l’œuvre La Bruyère. La série provoque le rire, c’est le comique de répétition.
Il y a une vision tragique, pessimiste des vacances et une pauvreté de la communication. Les idées reçues sur les vacances d’été défilent toutes (Dictionnaire des idées reçues de Flaubert). Les différentes cartes dessinent une mosaïque dans laquelle les mêmes couleurs reviennent : rouge, jaune, bleu…
On est face à une critique de la convention de la carte postale : on envoie des cartes mais le contenu est vide, il n’y a pas de substance. Il y a beaucoup de plaintes d’inconvénients minimes : coups de soleil, prise de poids… qui dénoncent les préoccupations d’une classe privilégiée qui a accès aux vacances. On peut penser qu’il s’agit d’une critique de l’industrie du tourisme à travers les stéréotypes des vacances. 
La carte a une fonction phatique : elle ne sert pas à transmettre un message, mais juste à maintenir le contact entre le locuteur et le destinataire. A la fois elle est vide de sens et de mais en même temps c’est elle qui montre toute la puissance du lien humain.
La carte en elle-même, unique, fait plaisir. Mais l’accumulation, la série, détourne la fonction habituelle.


vendredi 22 mai 2015

Bilan 

Le bilan de l’atelier est mitigé. In fine, peu d’élèves ont développé le profil Facebook de leur personnage.
Les raisons sont de plusieurs ordres.
-       * raisons pratiques :
activité chronophage
rythme de l’atelier insuffisant pour la stimulation
-       .* raisons liées aux personnages :
Le profil de certains personnages s’adapte bien à la logique de Facebook, personnages bavards, démonstratifs, voire exubérants. A l’inverse, certains personnages volontiers secrets, ou menant partiellement une vie secrète s’accommodent mal d’un profil Facebook, ou tout au moins on ne voit qu’une infime part de ce qui les construit et finalement cela apparaît moins intéressant que lorsque Balzac révèle leur intimité, on ne doit pas oublier que si la Comédie humaine présente des scènes mondaines, publiques, elle met aussi l’accent sur « les scènes de la vie privée ».
-       * raisons liées à Facebook
     Le cadre s’est avéré très contraignant : rubriques prédéfinies de façon stéréotypée, propositions « spontanées » de lectures, films… polluant le profil.
L’usage de Facebook renvoie à une construction de soi souvent superficielle et relevant de la « vitrine ».

L’établissement des liens entre « amis » s’est avéré difficile, pas seulement en raison de la constitution du groupe d’amis après construction des profils. Il s’avère extrêmement difficile de gérer les chronologies et de les harmoniser sans une véritable régie. Le travail fait par Balzac a posteriori pour lisser les éventuels anachronismes est ici impossible. (on a d’ailleurs été obligé de décaler toutes les dates puisque de manière évidente, un personnage ne pouvait avoir créé son profil en 1799…)

-       * raisons propres au projet :
La question de l’actualisation a plus ou moins bien fonctionné. Il a pu s’avérer intéressant de réfléchir sur les activités qu’aurait aujourd’hui une Mme de Bargeton ou un Père Goriot, mais on aboutit parfois à des apories (par exemple la chimie au temps de Balthazar Claës ne peut se concevoir aujourd’hui, le travail en solitaire apparaît comme une aberration).
-       Il s’est avéré parfois difficile de préserver la tonalité liée au personnage et les rédacteurs ont parfois eu tendance à trop « tirer » le personnage vers le parodique.
-       Tension parfois irréductible entre 3 manières d’écrire : celle de Balzac, celle correspondant à l’idiolecte du personnage, celle du rédacteur.
-       Le plaisir du lecteur lié à l’ironie de Balzac contre certains de ses personnages s’est avéré difficile à préserver.
-       La lisibilité pour les autres a pu poser problème : on ne peut ainsi avoir accès aux conversations instantanées.



Inversement néanmoins, le projet a permis de mener une réflexion sur la relecture en fonction d’un personnage, cela a poussé à repérer des détails significatifs susceptibles d’être mis en valeur sur le profil. De même l’appropriation du personnage a forcé certains à se décentrer totalement, à penser par le prisme d’autrui plus encore que dans le cas d’une lecture avec identification. Certains même en sont venus à confondre ce qu’ils avaient lu et ce qu’ils avaient imaginé pour leur personnage.
Les moments de présentation durant lesquels les rédacteurs ont éclairé leur choix et les débats que les problèmes rencontrés ont suscité ont levé des problématiques intéressantes tant pour l’analyse de la Comédie humaine que pour le fonctionnement de Facebook.

La finalité de l’atelier n’a pas été assez clairement définie :
Pourquoi « atelier d’écriture numérique » ?
Quelle forme pour quel fond ?
La justification pédagogique a été perdue de vue par les élèves :
-       alternative aux pratiques de lecture des textes académique
-       réflexion sur la relecture et la récriture

-       travail en projet réunissant des acteurs interdépendants